les relations avec le Liban ? Est-ce un forcing de pression pour plier le coude du gouvernement libanais et l’obliger à amputer son bras chiite en détruisant le Hezbollah ? ou bien un forcing pour mettre à exécution le rêve israélien de normaliser les relations avec le Liban pour mieux le phagocyter dans l’avenir proche ? Quel est le mot à dire du côté libanais au sujet de cette proposition de mariage forcé ?
Voyons des deux côtés de l’histoire, les positions respectives des antagonistes.
Pour Israël, une normalisation veut dire à court terme, un raccourci vers un accord de paix total à long terme. Le projet israélien reste quand même sujet à une vision réaliste, telle que qualifiée par le ministre israélien de la coopération régionale Ofir Akunis qui estime que l’affaire est prématurée, malgré selon lui, la mise en place déjà d’un processus de négociation sur certaines questions.
Depuis l’accord d’armistice conclu entre le Liban et Israël, aucun autre accord n’a été signé, mais une tentative avait été effectuée en 1983 avec l’accord du 17 mai suite à l'invasion israélienne du Liban en 1982. Tentative avortée.
Le dernier accord en date a été signé en octobre 2022, avec la délimitation des frontières maritimes pour formaliser l’exploitation des richesses gazières en Méditerranée. Un accord non-respecté à ce jour.
Position israélienne
Pour Israël, la normalisation veut dire, l’établissement de relations diplomatiques formelles, la mise en place d’un système de coopération économique et énergétique par le biais de contrats d’exploitation commune du gaz offshore, la coopération en matière de sécurité avec l’annihilation de la menace du Hezbollah, ou autre menace d’extrémisme islamique, et la pacification des frontières entre les deux pays, et enfin (le projet les plus ambitieux) : la promotion de l’échange culturel et touristique entre les deux populations.
Sur le plan régional, une telle normalisation signifierait une nouvelle victoire d’Israël dans le cadre du projet des accords d’Abraham de 2020, à travers lequel Israël poursuit la normalisation de ses relations avec d'autres pays arabes, qui ont conduit à des accords de paix avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc. La normalisation des relations avec le Liban serait donc perçue comme une nouvelle victoire pour Israël dans sa stratégie plus large visant à modifier la dynamique régionale et à construire un réseau d'alliances avec les pays arabes. Elle affaiblirait également l'influence de l'Iran et de ses forces alliées, comme le Hezbollah, dans la région.
Pour le Liban, la proposition de normalisation est pour le moment hors de question, malgré la destruction de la machine militaire du Hezbollah. Le Hezbollah fait toujours partie du gouvernement, et la perspective d’une normalisation des relations entre le Liban et Israël fait l’objet d’un débat considérable, englobant les positions officielles du gouvernement, le sentiment public et la dynamique politique.
De tout temps, les responsables libanais ont rejeté l'idée d'une normalisation avec Israël. Le Premier ministre Nawaf Salam a récemment déclaré sans équivoque que « personne au Liban ne souhaite une normalisation des relations avec Israël », soulignant une position nationale unie contre de telles évolutions. Par ailleurs, des sources proches de la présidence libanaise ont démenti les affirmations selon lesquelles les dialogues en cours avec Israël pourraient conduire à une normalisation, précisant que les discussions actuelles se concentrent uniquement sur la résolution de problèmes spécifiques et la mise en œuvre de la résolution 1701 des Nations Unies.
Le gouvernement estime par ailleurs comme utopique la proposition de normalisation avec une large bande frontalière au sud du pays militairement occupée et soumise quotidiennement à des bombardements et à des exactions, sans oublier les attaques presque quotidiennes des drones dans diverses autres régions du pays.
Du côté de la population, l'opinion publique libanaise reflète la position officielle, avec une opposition généralisée à la normalisation. Les sondages indiquent un rejet presque unanime de l’idée d’une normalisation ou d’un accord de paix avec Israël, qui ne respecte en rien les lois internationales, et qui procède à un génocide a Gaza. L’opinion libanaise est convaincue que tout accord de normalisation ou de paix avec Israël sera utilisé pour phagocyter le Liban a tous les niveaux. Il convient tout de même de noter qu’une fraction minime de l’opinion publique, essentiellement dans les rangs des ex-milices chrétiennes, considère comme positive une approche de normalisation
Comme pour tuer le rêve dans l’œuf, le patriarche maronite vient juste de rejeter catégoriquement toute idée de rapprochement avec Israël.
En résumé, le rêve israélien est loin d’être sur le chemin du réel.