Dans le sillage de sa visite précédente, et dans un climat sécuritaire tendu marqué par la poursuite de l’agression israélienne, le retour de l’émissaire américaine Morgan Ortagus au Liban n’inspire guère de confiance. Plusieurs dossiers majeurs l’attendent : les négociations diplomatiques entre le Liban et Israël, le démantèlement de l’arsenal du Hezbollah, ainsi que les réformes exigées comme condition à la reconstruction et à l’aide économique.
Tout commence par la question des armes. Washington accentue la pression pour que les armes du Hezbollah soient confisquées puis détruites. Les États-Unis rejettent la méthode habituelle consistant à ce que l’armée libanaise saisisse les armes pour les stocker. Ils exigent leur destruction totale, en présence de témoins internationaux. Mais cela ne suffit toujours pas : les autorités américaines restent sceptiques quant à l'efficacité de ces opérations, compte tenu des capacités militaires de la résistance.
Un diplomate occidental reconnaît que les États-Unis appliquent en réalité l’agenda israélien concernant les armes et les tensions frontalières. Washington soutient également l’établissement d’une zone tampon le long de la frontière entre le Liban et Israël. Ortagus devrait donc porter de nouvelles pressions, surtout après l’échec des tentatives pour l’amener à relâcher l’étau, malgré les craintes d’une explosion interne.
Les inquiétudes sont réelles : une poursuite des pressions pour désarmer le Hezbollah, surtout si elle est assortie d’un calendrier, pourrait entraîner une détérioration rapide de la situation au Liban. Les États-Unis n’ont d’ailleurs pas hésité à exprimer leur agacement face aux déclarations du président libanais, le général Joseph Aoun, selon lesquelles les armes du Hezbollah relèveraient d’un dialogue interne.
Washington rejette toute idée de dialogue à ce sujet, et rejoint Tel-Aviv dans sa volonté d’éliminer politiquement le Hezbollah après l’avoir, selon elle, « vaincu » militairement. C’est ce que confirment des sources diplomatiques occidentales, préoccupées par les conséquences attendues de la visite d’Ortagus, dans un contexte où les États-Unis insistent pour ouvrir des négociations diplomatiques entre le Liban et Israël, sous prétexte de la nécessité de former des comités conjoints sur les questions de frontière, de retrait militaire et de prisonniers.
Ortagus, attendue samedi à Beyrouth, recevra la réponse officielle du Liban, qui rejette fermement toute négociation politique avec Israël, quelle qu’en soit la forme, tant que les prisonniers ne sont pas libérés et que les points encore occupés par Israël ne sont pas évacués.
Quant aux avertissements européens, ils annoncent une nouvelle vague de pressions sur le Liban, cette fois sous le signe de la reconstruction conditionnée à la mise en œuvre des réformes et au désarmement. Si la réponse libanaise ne satisfait pas Washington, il n’est pas exclu, selon des sources diplomatiques, que le Liban soit confronté à un « scénario Gaza », avec des frappes israéliennes s’étendant au-delà de toute limite géographique.
Le président américain Donald Trump insiste pour lier le désarmement du Hezbollah à un calendrier précis, dans le but d’amplifier la pression. Mais le Liban n’a ni la capacité d’imposer une telle échéance, ni celle de l’exiger du Hezbollah, qui continue jusqu’à présent à faire preuve de souplesse envers le gouvernement, lui laissant la gestion des ripostes aux agressions israéliennes comme il l’entend, même s’il ne s’abstient pas de critiques.
Les sources diplomatiques souhaitent que le Liban prenne au sérieux la menace américaine, tant sur le plan des négociations diplomatiques que de la présentation d’un plan de réformes, afin d’éviter une détérioration plus grave de la situation.
Ce qui intrigue particulièrement, affirment ces sources, c’est la froideur du Liban face aux menaces israéliennes, et sa dépendance envers les pressions extérieures. Un jour, le président Aoun demande à Emmanuel Macron d’intervenir auprès de Trump pour atténuer les pressions israéliennes, un autre, le gouvernement affirme que les décisions de guerre et de paix relèvent uniquement de ses prérogatives. Mais ni l’une ni l’autre n’a donné de résultat. L’État libanais apparaît comme un acteur faible, sans pouvoir, soumis aux diktats extérieurs, tandis que les habitations temporaires en bois sont détruites dans les villages frontaliers sous les yeux de l’armée libanaise.
Des sources officielles libanaises indiquent que la réponse aux propositions concernant les comités diplomatiques n’est pas encore prête. Toutefois, le Liban a été officiellement informé que la situation pourrait se détériorer s’il ne respecte pas les exigences de l’agenda américano-israélien ou s’il tarde à présenter un programme économique et réformateur accompagné d’un calendrier.
Face à cette impasse, un sommet réunissant les trois présidents libanais pourrait être convoqué pour adopter une position unifiée sur les exigences américaines et tenter de mettre fin aux pressions exercées au nom de la stabilité intérieure.
Lors de sa visite en France, le président Emmanuel Macron a conseillé à son homologue libanais de prendre au sérieux la proposition américaine et de formuler une réponse qui permettrait d’éviter une détérioration de la situation sur le front israélien. Macron lui a aussi fait savoir qu’Israël n’avait pas réellement l’intention d’engager des négociations diplomatiques, puisqu’elle agit à sa guise sans rencontrer d’obstacles. Mais Trump, lui, reste déterminé à initier des pourparlers directs entre Beyrouth et Tel-Aviv.
Telle est donc la recommandation française — un simple conseil, car Paris ne dispose pas de plus de leviers pour aider le Liban. La France sait que le pays s’est résigné à son sort : subir les menaces israéliennes, désormais estampillées du sceau officiel des États-Unis.