Avec l’Aïd el-Fitr, le paysage touristique libanais reste largement similaire à celui des années précédentes, en dépit de développements politiques notables tels que l’élection d’un président et la formation d’un nouveau gouvernement. L’optimisme que certains espéraient voir renaître est désormais éclipsé par la dernière frappe israélienne ayant visé la banlieue sud de Beyrouth, ainsi que par les affrontements persistants dans le sud du pays, rendant difficile toute projection réellement positive.

Un optimisme prudent persiste, mais les restrictions imposées aux citoyens des pays du Golfe pour voyager au Liban continuent de freiner la relance du secteur touristique. Par conséquent, la saison actuelle repose une fois de plus principalement sur les expatriés libanais et le tourisme local, avec seulement un nombre limité de visiteurs en provenance d’Égypte, d’Irak et de Jordanie.

Une activité touristique modeste malgré les festivités

Malgré l’ambiance festive liée à l’Aïd, la hausse attendue du tourisme ne devrait pas marquer de véritable tournant. Interrogé par Al Safa News, Pierre Achkar, président du Syndicat des propriétaires d’hôtels et de la Fédération des institutions touristiques, souligne que « le profil des visiteurs reste similaire à celui des années précédentes. Le marché continue de reposer essentiellement sur les expatriés libanais, accompagnés d’un petit nombre de touristes arabes, notamment jordaniens, égyptiens et irakiens. Quelques visiteurs du Qatar et du Koweït sont également présents, mais en nombre insuffisant pour relancer significativement le secteur. »

Si les restaurants, cafés et lieux de divertissement profitent d’un regain d’activité lié aux fêtes, Achkar précise que les hôtels et appartements meublés – en particulier en dehors de Beyrouth – n’en tirent pas autant de bénéfices. « L’activité touristique devrait rester concentrée dans la capitale et dans de grandes villes comme Tripoli, qui organise divers événements pour attirer les visiteurs. »

Le secteur du voyage : dépendance persistante des expatriés

Jean Abboud, président du Syndicat des agences de voyage et de tourisme, confirme également dans ses déclarations à Al Safa News que les réservations d’avion et d’hôtels dépendent quasi exclusivement des expatriés libanais. « La levée de l’interdiction de voyage imposée par les pays du Golfe reste, à ce jour, un espoir lointain », dit-il, « mais elle constituerait un véritable tournant pour l’avenir du secteur. »

Concernant les vols, Abboud indique qu’ils sont « presque complets – entre 90 % et 95 % », un taux similaire à celui observé lors de l’Aïd de l’année dernière. Cela reflète un flux d’arrivées relativement stable, sans la hausse significative que le secteur espérait à la suite des récents changements politiques. Malgré les tentatives de diversification des marchés et d’attraction de nouvelles catégories de visiteurs, les chiffres restent figés, toujours limités aux expatriés libanais, sans réelle augmentation du nombre de touristes arabes ou étrangers.

La faible demande pèse sur le secteur de la restauration

Dans le secteur de la restauration et des cafés, Tony Ramy, président du Syndicat des propriétaires de restaurants, cafés et boîtes de nuit, indique que la saison du Ramadan n’a pas répondu aux attentes. « Les réservations pour les iftars ont nettement diminué, notamment de la part des entreprises, dont les budgets dédiés à ce type d’événements étaient quasiment inexistants », explique-t-il. À l’inverse, les soirées suhoor dans les cafés ont enregistré une fréquentation relativement bonne, en raison de leur coût plus abordable par rapport aux restaurants, ce qui en fait une option plus attrayante pour les clients soucieux de leur budget.

Cette année, l’Aïd el-Fitr coïncide avec la fête de Pâques, créant une double saison festive qui pourrait stimuler certains secteurs. Toutefois, l’activité touristique reste étroitement liée à la situation sécuritaire du pays. Selon Ramy, le tourisme arabe – en particulier en provenance d’Irak, de Jordanie et d’Égypte – restera limité en raison des tensions persistantes dans le nord et le sud du Liban, qui continuent d’inquiéter les visiteurs étrangers.

Un secteur en besoin urgent de stabilité et de réformes

Dans un contexte de crises économiques et politiques prolongées, le tourisme au Liban demeure une activité saisonnière, largement soutenue par la diaspora, plutôt qu’un secteur durable capable d’attirer régulièrement des voyageurs arabes et étrangers. Les experts du domaine s’accordent à dire que restaurer la confiance dans le Liban en tant que destination touristique nécessite bien plus que de l’espoir : cela passe par une réelle stabilité, l’application intégrale de la résolution 1701 des Nations Unies, ainsi que par des réformes économiques et administratives concrètes.

En attendant, le Liban continue de compter sur ses expatriés pour faire vivre son économie touristique, dans l’espoir d’une réouverture des marchés régionaux et d’un retour du pays sur la carte des grandes destinations du Moyen-Orient.