Il est désormais reconnu que la politique américaine consistant à imposer des sanctions à un grand nombre de pays a conduit ces derniers à chercher des alternatives au dollar comme instrument d’échange international. Face à une utilisation croissante des sanctions économiques comme arme géopolitique – visant les États jugés non alignés sur les politiques de Washington, qu’ils soient issus du Sud global ou parmi les grandes puissances comme la Russie ou la Chine – la riposte s’organise.

C’est dans ce contexte qu’est né le groupe des BRICS, avec pour objectif affiché de détrôner la suprématie du dollar. Derrière l’acronyme, une ambition claire : amorcer une dédollarisation progressive de l’économie mondiale, modifier la monnaie de référence internationale et instaurer de nouveaux mécanismes de règlement des échanges mondiaux.

À cette stratégie de sanctions s’est ajoutée, sous la présidence de Donald Trump, une nouvelle arme économique : les droits de douane. Mais sans fracas inutile, la Chine poursuivait déjà son avancée discrète sur la scène financière internationale. En parallèle des BRICS, un nouvel outil financier a été introduit de manière subtile, révélé notamment par The Economist.

Le 17 mars 2025, la Banque populaire de Chine annonçait que « le système de règlement transfrontalier du yuan numérique serait désormais entièrement interconnecté avec les dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), ainsi qu’avec six pays du Moyen-Orient ». Cette annonce implique qu’environ 38 % du volume du commerce mondial pourrait désormais contourner le système SWIFT, dominé par le dollar, pour entrer dans « l’ère du yuan numérique ». The Economist n’a pas hésité à qualifier ce tournant de « Bretton Woods 2.0 », tant la Chine, à travers cette offensive numérique fondée sur la technologie blockchain, semble vouloir réécrire les règles de l’économie mondiale.

À l’échelle mondiale, l’engouement pour les monnaies numériques des banques centrales (MNBC) ne faiblit pas. À ce jour, 134 pays – représentant 98 % de l’économie mondiale – explorent ou développent leurs propres monnaies numériques. Le projet pilote du e-yuan chinois a déjà atteint un volume de transactions avoisinant les 987 milliards de dollars, illustrant son poids croissant dans le paysage financier mondial. Ces initiatives confirment la volonté de Pékin de faire du yuan numérique un pilier central de son infrastructure financière, aussi bien sur le plan intérieur qu’international.

En résumé, une colère sourde gronde contre les États-Unis, accusés de déstabiliser durablement les économies des pays en développement. Face à cela, le monde s’organise et s’unifie progressivement contre la domination du dollar. Des pays historiquement alignés sur le billet vert – comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, l’Iran, l’Éthiopie ou encore l’Argentine – ont rejoint le bloc des BRICS élargi. Ensemble, ils promeuvent désormais l’usage de leurs monnaies nationales dans les transactions transfrontalières, tout en laissant entrevoir une adoption prochaine du yuan numérique comme système de règlement de référence.