Trois mois après le début du nouveau mandat présidentiel, et deux mois après la formation du gouvernement, l’euphorie post-électorale semble toujours régner. Forts d’un soutien international et arabe, et bénéficiant d’un certain appui local, le président et son cabinet semblent encore pris dans un état d’euphorie. Pourtant, leurs actes jusqu’ici peuvent se résumer en trois mots révélateurs : improvisation, hésitation et slogans — des slogans qui, comme dit l’adage français, sont « trop beaux pour être vrais ».
La nomination du nouveau gouverneur de la Banque du Liban n’a pas été un long fleuve tranquille. Loin d’un consensus, elle a suscité des tensions — notamment autour du Premier ministre Nawaf Salam. Le président Joseph Aoun a fermement soutenu Karim Souaid, avec l’appui de plusieurs parties internes et internationales. De leur côté, Salam et les ministres qui lui sont proches ont exprimé des réserves quant à cette candidature.
Comment expliquer alors qu’un accord prétendument total sur la vision financière et économique, formulé à la fois dans le discours d’investiture et la déclaration ministérielle, n’ait pas abouti à une entente sur un nom aussi stratégique que celui du gouverneur de la Banque centrale ?
Beaucoup redoutent que ce désaccord entre la présidence et la primature ne marque le début d’une cohabitation forcée, née de divergences d’objectifs — ou plus probablement de personnalités. Après tout, Salam n’a jamais été le choix préféré d’Aoun pour occuper le troisième poste de l’État.
Improvisation
L’Agence de sécurité de l’État a soudainement réduit les effectifs chargés de la protection de plusieurs personnalités politiques. Une décision qui n’a duré que deux jours, avant d’être annulée à la demande du Conseil central de sécurité, sous prétexte qu’une étude globale du sujet devait être menée avant toute mesure uniforme.
Le ministre des Télécommunications, Charles Al-Hajj, a résilié le contrat du directeur général d’Ogero, Imad Kreidieh, plusieurs mois avant son terme. Deux jours plus tard, le Premier ministre Salam a demandé à Kreidieh de rester en poste jusqu’à la nomination d’un successeur via les mécanismes officiels, sans préciser de calendrier.
Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a nommé un nouveau conseil d’administration pour Télé Liban (la chaîne publique libanaise), avant de transmettre le dossier au Conseil des ministres. Face aux critiques lui reprochant d’avoir contourné les procédures officielles — qu’il estimait inapplicables à Télé Liban — Morcos a finalement cédé à la décision du gouvernement de reporter l’affaire et de la soumettre au processus établi.
Trois décisions improvisées. Trois revirements rapides. Où est la vision ? Où est la cohérence ? Et vers quoi allons-nous ?
Hésitation
Quelle est la position claire et ferme du gouvernement quant à l’application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, plus de trois mois après le cessez-le-feu ? Plus de 100 Libanais sont morts depuis, victimes de violations israéliennes continues. L’armée libanaise s’est déployée là où il le fallait, mais cela n’a pas suffi à dissuader Israël. Au contraire, les incursions se sont multipliées, certaines zones du Sud étant désormais occupées de façon permanente.
Où en sont les efforts diplomatiques du Liban pour stopper ces violations ? Le Mur des Lamentations américain n’est d’aucun secours : soutien indéfectible à Israël, il donne carte blanche à ses opérations contre le Hezbollah, dans le cadre d’une stratégie régionale visant à démanteler les groupes armés de la résistance.
Le gouvernement usera-t-il de la force pour désarmer le Hezbollah, comme le réclament certains acteurs politiques locaux ? Ou optera-t-il pour une solution plus conciliante ? Et la communauté internationale acceptera-t-elle cette approche « douce », sans échéance précise — au risque de prolonger l’impasse ? Et que se passera-t-il si le Liban ne respecte pas un délai encore inexistant ?
Par ailleurs, quelles mesures concrètes ont été prises pour freiner l’afflux de réfugiés syriens au Liban ? Ou pour répondre aux attaques syriennes contre les villages frontaliers ? Quelles suites ont été données aux discussions entre l’ancien Premier ministre Najib Mikati et le président syrien Ahmed al-Char’a ? Et qu’en est-il de la rencontre reportée entre le ministre libanais de la Défense Michel Mnassa et son homologue syrien — déplacée à Riyad à la demande de Damas ?
Jeudi soir, lors d’une réunion à huis clos entre députés et responsables politiques, le constat était unanime : les perspectives, tant au Sud qu’à l’Est, sont des plus sombres. La situation ne fait qu’empirer.
Et enfin, les slogans
Entre proverbes éculés, promesses électorales enrubannées et envolées lyriques de conseillers linguistiques imbus d’eux-mêmes gravitant autour des ministres et du président, le discours politique vire au bavardage. N’évoquons même pas les gesticulations d’un ministre, visiblement nostalgique de ses années de milice, qui a voulu « recadrer » son personnel dans un numéro que beaucoup ont qualifié de pure mise en scène.
Ce n’est là qu’un aperçu : improvisation, hésitation et slogans.
Et si tel est le point de départ — comme l’affirment de nombreux observateurs — alors le Liban risque de s’installer dans une « paix » longue et incertaine.
Que Dieu nous vienne en aide… et qu’Il accorde également Sa sagesse au président Aoun.