Un conflit renaissant dans l'est du Congo menace d'exploser en une guerre qui pourrait redessiner l'avenir de l'Afrique et perturber la course mondiale aux minerais critiques alimentant l'économie du XXIᵉ siècle.
La République démocratique du Congo (RDC), un pays de la taille de l'Europe occidentale, vie dans une crise qui se concentre sur les provinces orientales riches en ressources du Nord et du Sud-Kivu, où le groupe Tutsi rebelle M23, créé en 2012, a pris le contrôle de villes stratégiques et de hubs miniers à un rythme sans précédent.
Développements- clés
Au début de ce mois, le M23 a capturé Goma, capitale du Nord-Kivu et Bukavu, capitale du Sud-Kivu, toutes deux vitales pour l'économie régionale.
Les rebelles contrôlent désormais Rubaya, une ville minière de coltan fournissant 50 % de la production congolaise de ce minerai essentiel aux smartphones et missiles, dans ce qui équivaut à une mainmise sur les ressources.
Des rapports de l'ONU confirment que le Rwanda, à majorité Tutsi, a donné un soutien d’artillerie au M23, tandis que l'Ouganda déploie des troupes via des accords bilatéraux, rappelant les guerres du Congo de 1996–2003 qui avaient entraîné neuf nations dans la « Grande Guerre » africaine, avec un risque de collusion régionale renouvelée.
L'effet domino régional
Le Président rwandais Paul Kagame nie toute implication mais est accusé de soutenir le M23 pour sécuriser des revenus miniers et contrer des groupes militants hutus. L'enjeu ? Une part des 24 000 milliards de dollars de richesses minières de la RDC, incluant le cobalt (70 % de l'offre mondiale) et le lithium. Les analystes avertissent qu’il ne s’agit pas d’une question de ressources, mais de domination régionale.
L'Ouganda, officiellement en aide au Congo contre les rebelles islamistes ADF, stationne des troupes à Bunia—un carrefour stratégique près de réserves d'or et de pétrole. Le président Yoweri Museveni risque un affrontement avec les forces rwandaises, ravivant les tensions frontalières de 2019 qui ont coûté 1 milliard de dollars en pertes commerciales aux deux pays.
Les troupes burundaises se sont retirées du Sud-Kivu en mars après des opérations conjointes infructueuses, affaiblissant le régime du président Évariste Ndayishimiye. Un vide du pouvoir ici pourrait rallumer des violences ethniques, déversant des réfugiés en Tanzanie et au Rwanda.
Le conflit reflète les guerres congolaises des années 1990, ou 5,4 millions de personnes ont perdu la vie. Aujourd'hui, sept millions de Congolais sont déplacés, les camps le long de la frontière rwandaise devenant des poudrières pour les maladies et la radicalisation.
Batteries, balles et rivalités des grandes puissances
Le cobalt de la RDC est vital pour les batteries des véhicules électriques (VE), mais 85 % de ses mines sont détenues par des Chinois. Le soutien tacite de Pékin au Rwanda—partenaire clé des Nouvelles routes de la soie—complique les efforts occidentaux pour briser le monopole chinois sur les technologies vertes. Parallèlement, des vestiges du groupe Wagner courtisent les dirigeants du M23, cherchant de l'uranium pour la machine de guerre russe.
Les revenus annuels présumés du Rwanda provenant de minerais congolais smuggled s'élèvent à 1 milliard de dollars, tandis que le prix du cobalt a bondi de 2 100 % depuis 2016, dopé par la demande en VE.
Au début de cette année, les États-Unis ont promis 2 milliards de dollars pour développer l'industrie du cuivre en Zambie, défiant directement la domination chinoise sur le cobalt congolais. Il devient clair que qui contrôle ces minerais contrôle la transition.
Catastrophe humanitaire
Derrière l'échiquier géopolitique se cache un bilan humain effroyable : plus de 100 civils tués au Nord-Kivu depuis février ; plus de 1 200 viols documentés par l'ONU en mars seul—une arme de guerre ; et le recrutement de mineurs par le M23 a bondi, avec 450 cas vérifiés au premier trimestre 2025.
Dans les camps de Goma, les épidémies de choléra et de rougeole submergent les cliniques.
L'échec des solutions internationales
La Force africaine en attente de l'UA, retardée, a laissé un vide comblé par des coalitions régionales inefficaces. La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a commencé à retirer ses troupes en mars après la perte de 17 soldats, tandis que les efforts de médiation angolais échouent.
Malgré la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU exigeant un cessez-le-feu, la mission MONUSCO est réduite au rôle d'observateur.
Les États-Unis et l'UE ont condamné la violence mais évitent de sanctionner le Rwanda—un allié clé en Afrique centrale. Leur pression pour des « minerais sans conflit » manque de moyens coercitifs, permettant aux passeurs de reconditionner le cobalt congolais via les ports rwandais.
Quatre scénarios pour l'avenir de l'Afrique
L’Afrique centrale fait face à quatre scénarios allant d'une guerre régionale à une réussite africaine.
Au vu des réalités militaires, politiques et géopolitiques, il existe :
40 % de probabilité d'une guerre régionale, déclenchée par des affrontements ougando-rwandais, fusionnant avec la guerre civile au Soudan du Sud et entraînant le Tchad et l'Érythrée dans un conflit s'étendant au centre du continent.
30 % de risque d'une fragmentation de la RDC, avec le M23 proclamant un proto-État à l'est, inspirant des sécessionnistes au Katanga et en Ituri.
20 % de chances de former un Consortium des Grands Lacs, via un accord parrainé par les États-Unis/l'UE partageant les revenus miniers entre RDC, Rwanda et Ouganda.
10 % de possibilité que l'Union africaine stabilise Goma, tandis qu'une technologie blockchain certifie des minerais éthiques.
Voie à suivre
Les solutions exigent un équilibre entre réalisme et justice :
Sanctions immédiates et musclées contre le Rwanda, gelant ses exportations minières jusqu'à ce que les enquêteurs de l'ONU accèdent aux routes de contrebande présumées.
Établissement de ponts aériens humanitaires et livraison d'aide via des drones pour contourner les routes bloquées.
Rediriger 20 % des revenus miniers vers les communautés locales, comme proposé par des activistes congolais. Les pilotes blockchain d'IBM en Zambie montrent comment la traçabilité peut affamer les rebelles.
Relancer les pourparlers de paix de 2003, intégrant économiquement le Rwanda avec un financement américain/européen pour déployer rapidement la Force africaine en attente.