Il n’a fallu que quelques heures pour que le bureau de l’envoyé américain au Moyen-Orient, Steve Whitcoff, publie une clarification sur ses déclarations concernant le Liban, réaffirmant son soutien au président Joseph Aoun et au Premier ministre Nawaf Salam. L’écart entre ce qui avait été initialement rapporté et cette mise au point était minime. Whitcoff avait déclaré que son administration était « insatisfaite de la gestion des responsables libanais face au Hezbollah » et avait rejeté leur approche de fuite en avant et de compromis, qu’il juge inefficace. Il avait révélé que le Liban avait été prié de « s’engager dans des négociations politiques directes avec Israël et de nommer une personnalité civile pour mener cette mission ». Il avait également affirmé que le Liban devait rapidement emprunter la voie pacifique et que les présidents Aoun et Salam avaient une opportunité de faciliter ce processus. Il a en outre lié les efforts de reconstruction et le retour des déplacés libanais au sud du Liban à l’exigence d’engager des négociations directes.
Whitcoff avait même adressé une menace à peine voilée, indiquant clairement qu’Israël ne se retirerait pas des zones qu’il occupe encore et ne règlerait pas les différends frontaliers sans négociations. Ses propos avaient une tonalité coercitive, reliant le retrait israélien, la reconstruction et le désarmement du Hezbollah. Plus tard, son bureau publait un communiqué qui, loin de contredire ses déclarations initiales, les renforçait. Ce communiqué a explicitement affirmé le soutien des États-Unis au « gouvernement libanais dirigé par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, qui œuvrent pour confirmer la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire libanais, mettre en place des réformes, renforcer les institutions publiques et répondre aux attentes du peuple ».
Derrière les déclarations de Whitcoff et leur clarification ultérieure se dessine l’exigence principale des États-Unis : le Liban doit s’engager dans des négociations politiques directes avec Israël. Beyrouth a été officiellement informée que Washington s’attend à la formation d’une délégation civile distincte de l’équipe militaire qui négocie actuellement à Naqoura sous l’égide de l’ONU. Cette demande américaine ne laisse aucune place aux médiateurs ni à une implication onusienne, signalant ainsi un abandon de la diplomatie indirecte au profit d’une imposition directe de ses exigences.
Des rapports indiquent que le Liban prépare une réponse officielle à l’offre américaine. Celle-ci insisterait sur son engagement à faire appliquer la résolution 1701 des Nations unies, à condition qu’Israël se retire des zones encore occupées. Toutefois, la position diplomatique libanaise semble fragile, marquée par des contradictions entre le gouvernement et son ministre des Affaires étrangères. Le pays se retrouve en position de faiblesse, redoutant les conséquences d’un refus de la proposition américaine, notamment le risque qu’Israël retarde son retrait et poursuive ses agressions.
Dans un contexte où Gaza a récemment connu une nouvelle escalade de violence, avec une guerre menée par Israël ayant causé la mort de centaines de Palestiniens sans réaction notable de la communauté internationale, les craintes grandissent quant à une possible extension de cette hostilité au-delà du sud du Liban. Certaines voix redoutent que des zones comme la banlieue sud de Beyrouth puissent être ciblées sous prétexte d’attaques contre l’arsenal du Hezbollah.
Une fuite calculée ?
Certains analystes diplomatiques estiment que la première fuite concernant les propos de Whitcoff n’était pas fortuite. Dans le monde diplomatique, chaque mot a un objectif. Cette fuite pourrait être interprétée comme un avertissement au gouvernement libanais et à la classe politique sur les conséquences d’un rejet de la proposition américaine. La clarification qui a suivi n’a en rien remis en cause les exigences liées à la reconstruction, au désarmement du Hezbollah ou aux négociations politiques directes avec Israël. Au contraire, elle a réaffirmé la confiance de Washington dans le fait que le Liban finirait par céder.
Cependant, l’enjeu dépasse la simple réponse du Liban, qui devrait être flexible afin d’éviter un refus catégorique tout en insistant sur le retrait israélien et la libération des prisonniers comme préalables à toute discussion sur d’autres demandes. L’affaire est également liée à l’ultimatum fixé par l’ancien président américain Donald Trump à l’Iran pour répondre à ses exigences sur le nucléaire – une échéance qui pourrait également concerner le Liban et les Houthis au Yémen. Tout indique qu’une fois ce délai écoulé, Washington accélère son programme régional, incluant la normalisation des relations et le prochain sommet en Arabie saoudite sur la solution des deux États pour la Palestine.
Au Liban, des discussions sérieuses ont déjà été engagées sur cette question épineuse. Le président Aoun estime que toute décision à ce sujet nécessite un consensus national et une coordination avec le président du Parlement, Nabih Berri, ainsi qu’avec le Premier ministre Nawaf Salam pour formuler une réponse unifiée et déterminer les prochaines étapes.
La question des négociations diplomatiques devrait bientôt faire l’objet d’un débat sérieux et public. La stratégie envisagée semble viser à contourner les exigences américaines, en insistant d’abord sur le retrait israélien tout en désignant des personnalités non diplomatiques pour mener les discussions au nom du Liban.
Qu’il s’agisse de ses déclarations initiales ou de leur rectification ultérieure, les propos de Whitcoff lèvent le voile sur la politique américaine à l’égard du Liban : il s’agit de faire pression sur Beyrouth pour qu’elle prenne des mesures concrètes à l’encontre du Hezbollah. Une pression que le président Aoun refuse, tandis que Nawaf Salam semble y être plus enclin. Ce dernier a d’ailleurs déjà démontré son positionnement en se rendant au sud sans concertation avec le Hezbollah et en déclarant, lors d’une rencontre avec le député Nadim Gemayel, que « la question du désarmement des groupes illégaux avance comme prévu, étant donné que l’aide et la reconstruction sont directement liées à ce dossier ».
Quelle réponse du Hezbollah ?
Face à cette situation, la réaction du Hezbollah demeure mesurée. En dehors de son opposition catégorique à la normalisation avec Israël et au simple fait que le Liban puisse en discuter, le parti adopte une posture largement passive. Il reste concentré sur ses priorités internes, évitant toute action militaire et laissant la diplomatie libanaise jouer son rôle. Le Hezbollah semble avoir pris conscience du changement des équilibres géopolitiques et du fait que le rapport de force n’est plus en sa faveur. Pour l’instant, sa stratégie semble être celle de l’attente.