"Monsieur le Premier ministre, nous vous avons accordé notre confiance en vous désignant ; sans elle, vous ne seriez pas en poste aujourd’hui. À présent, nous la retirons, car vous ne la méritez pas. Si vous souhaitez la retrouver, nous sommes prêts à vous la rendre en jugeant de vos actes."
Par ces mots, Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre (CPL) et député, a conclu son discours lors des séances du vote de confiance au gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam, se positionnant en tant que force d'opposition constructive.
La position de Bassil était attendue, son parti ayant été exclu du gouvernement. Pourtant, le premier ministret Salam n’a pas respecté les promesses qu’il avait faites à Bassil à la veille de sa nomination lors des consultations parlementaires obligatoires, et il n’a pas non plus suivi des critères unifiés pour la formation du cabinet, un manquement majeur selon Bassil.
Cependant, ce qui a surpris beaucoup d’observateurs, c’est la réaction de Salam à la proposition de Bassil : "Si vous souhaitez retrouver notre confiance, nous sommes prêts à vous la rendre en jugeant de vos actes." Visiblement contrarié, le Premier ministre a fait un geste de la main pour exprimer son désintérêt. Tout au long du discours de Bassil, son langage corporel trahissait son inconfort, alors qu’il restait assis, tendu sur son siège.
Saisissant ce rejet, Bassil a rétorqué : "Peut-être que cela ne vous intéresse pas parce que vous êtes soutenu… et que cela ne vous importe guère. Vous vous êtes trompé de calcul – pas en chiffres, mais en justice."
L’excès de confiance que Salam tire du soutien arabe et international semble l’avoir amené à négliger le rôle de l’opposition dans un système démocratique – même si elle est la seule force d’opposition à son gouvernement, dont la durée de vie ne devrait pas dépasser un an et quatre mois. Dans une précédente tribune, j’ai souligné les sept excès politiques qui doivent être abandonnés pour que le Liban fonctionne correctement – et cet excès de confiance en fait partie, une caractéristique partagée par l’actuelle présidence et son premier gouvernement.
Un schéma d’exclusion
L’exclusion du CPL du gouvernement n’est pas une nouveauté. Depuis le retrait de l’armée syrienne du Liban le 26 avril 2005, le parti – persécuté depuis le 13 octobre 1990 sous la tutelle syrienne – s’est retrouvé à plusieurs reprises marginalisé. Même après son retour triomphal avec le général Michel Aoun de son exil en France, lorsqu’il a obtenu 21 sièges parlementaires lors des élections de mai 2005 dans un raz-de-marée électoral, le Premier ministre de l’époque, Fouad Siniora, n’a pas tenu compte du poids politique du CPL et a formé un gouvernement sans lui.
Il semble que Salam soit en train de suivre la même méthode que l’ancien Premier Ministre Fouad Siniora. Certains observateurs politiques ont même suggéré que Siniora pourrait être en train de revenir au pouvoir de manière indirecte, soit par des intermédiaires, soit en retrouvant de l’influence. En l’absence d’un leadership sunnite dominant sur la scène politique libanaise, Salam n’a pas encore consolidé son rôle de véritable leader de sa communauté, pas plus que d’autres ministres ou députés. Pendant ce temps, l’ancien Premier ministre Saad Hariri demeure une figure politique majeure, malgré l’incertitude entourant son avenir politique.
Des contradictions dans l’approche présidentielle
L’exclusion du CPL est en contradiction avec les propos attribués au président Joseph Aoun lorsqu’il a rencontré les députés du parti lors des consultations parlementaires. Bassil a dit au président que le passé est derrière nous, et vous êtes désormais Monsieur le Président." En réponse, Aoun aurait signifié son engagement envers une gouvernance impartiale, sans rancunes politiques.
Cette exclusion entre également en contradiction avec l’urgence de l’unité nationale. Alors que le Liban fait face à des menaces extérieures – malgré le soutien international et régional – un gouvernement d’unité nationale est plus que jamais nécessaire. Dans son discours, Bassil a énuméré ces dangers, notamment la crise des réfugiés syriens, le risque de naturalisation des Palestiniens et l’occupation israélienne de sept points dans le sud du Liban – deux de plus que les cinq généralement évoqués – malgré les accords de cessez-le-feu.
Le contexte régional et le risque de l’arrogance
Les États-Unis préparent déjà leur future stratégie au Moyen-Orient, qui pourrait inclure la signature par le Liban d’un accord de paix avec Israël, aux côtés d’autres États arabes. Pendant ce temps, Israël, fort de sa supériorité militaire, a ouvertement déclaré que son occupation des sept points frontaliers contestés se poursuivrait indéfiniment.
Lors d’un récent échange avec Al Safa News, une haute figure politique a mis en garde contre une probable annexion de ces territoires par Israël dans le cadre d’un nouveau tracé des frontières. "Qui pourra les en empêcher ?", s’est-il interrogé.
Jusqu’à présent, Bassil a maintenu une opposition "constructive, réfléchie et intelligente et non mesquine, désordonnée, chaotique ou populiste, comme d’autres l’ont fait à notre égard", a-t-il précisé. Cependant, il a averti que si le gouvernement persistait dans sa politique d’exclusion et de marginalisation, cette opposition pourrait devenir plus virulente. Selon la même source politique, ce qui a été observé jusqu’à présent n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Alors que le Liban navigue entre défis internes et pressions externes, cette source met en garde contre les conséquences désastreuses que pourrait entraîner l’arrogance des élites dirigeantes. Il rappelle à cet égard un proverbe ancien qui résonne comme une mise en garde : "L’arrogance mène à la tombe."