Depuis les années 1980, la mondialisation et l'évolution des moyens de transport ont profondément transformé les dynamiques de production à l’échelle mondiale. Le transport aérien, en particulier, s'est imposé comme un levier économique stratégique, facilitant les échanges commerciaux et la mobilité des individus. Son rôle dans l'économie moderne est indéniable, notamment pour le transport de marchandises nécessitant une livraison rapide et efficace.

Les aéroports du Liban : un potentiel sous-exploité

Historiquement, le Liban possède plusieurs infrastructures aéroportuaires, bien que toutes ne soient pas opérationnelles simultanément ni dédiées aux mêmes usages.

-L’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri est aujourd’hui le seul aéroport commercial en activité. Il constitue la principale porte d’entrée aérienne du pays, mais souffre de nombreuses lacunes, notamment en raison de la concurrence régionale et de la gestion des services qui restent dominés par quelques entreprises en situation de monopole.

-L’aéroport René Moawad (Qlayaat) a été initialement construit par une compagnie pétrolière dans les années 1950 avant d’être transformé en base aérienne militaire dans les années 1960. Bien qu’il ait été utilisé en période de guerre, les tentatives de le rouvrir au trafic civil ont jusqu’ici échoué en raison d’un manque de volonté politique.

-La base aérienne de Riyaq, construite sous le mandat français, sert aujourd’hui aux opérations militaires et humanitaires de l’armée libanaise. Elle n’a jamais été exploitée à des fins commerciales.

-L’aéroport de Hamat, partiellement construit pendant la guerre civile en 1976 sous le nom d’ »Aéroport Pierre Gemayel », a été reconverti en base aérienne pour les forces spéciales libanaises à partir de 2010.

La nécessité d'exploiter ces infrastructures aériennes est revenue sur le devant de la scène suite aux tensions géopolitiques qui ont conduit à l’interdiction d’atterrissage d’un avion iranien à l’aéroport de Beyrouth. Dans ce contexte, la réhabilitation d’autres aéroports pour un usage civil apparaît comme une priorité stratégique.

Initiative Phénix : une vision pour le Liban

Face à ces défis, Je propose à travers cet article sur Al Safa News l'Initiative Phénix, une stratégie visant à relancer le secteur aérien libanais en s'appuyant sur trois axes majeurs :

1. Un levier économique et régional

La réactivation de plusieurs aéroports favoriserait la création d'emplois, stimulerait le développement des régions et encouragerait les investissements dans les secteurs industriels, agricoles et des services. De plus, la reconstruction future de la Syrie pourrait bénéficier de ces infrastructures, qui joueraient un rôle clé dans la logistique et le transport des matériaux.

2. Un rééquilibrage territorial

Développer de nouveaux pôles aéroportuaires permettrait de désengorger Beyrouth et le Mont-Liban, réduisant ainsi la pression sur les infrastructures et freinant l’exode rural. Cette démarche contribuerait également à un développement plus équitable du territoire en renforçant l’attractivité des régions périphériques.

3. Un atout pour la souveraineté et la compétitivité

L’augmentation des capacités aéroportuaires faciliterait l’arrivée de touristes et de capitaux étrangers, générant ainsi des rentrées de devises et un impact positif sur la livre libanaise.

Dans ce cadre, la modernisation de l’aéroport de Beyrouth est une priorité. L’objectif serait de l’adapter aux normes internationales et de le positionner en concurrent sérieux face aux hubs régionaux. Ce projet s’inscrit dans une dynamique économique régionale, notamment avec les investissements liés aux nouvelles stratégies américaines pour le Moyen-Orient.

Parallèlement, la réhabilitation de l’aéroport René Moawad à Qlayaat s’impose comme un projet complémentaire plutôt qu’un concurrent de l’aéroport Rafic Hariri de Beyrouth. Avec une modernisation des pistes et l’installation de systèmes de navigation avancés, il pourrait rapidement devenir opérationnel. Ce projet nécessiterait un financement via un partenariat public-privé (PPP), modèle déjà utilisé pour d'autres infrastructures dans la région.

Quant à la base aérienne de Riyaq, son exploitation civile pourrait soutenir les exportations agricoles et répondre aux besoins futurs liés à la reconstruction syrienne. Son potentiel en tant que plateforme logistique et hub agroalimentaire mérite une étude approfondie.

Les défis à surmonter

L’obstacle majeur à la mise en œuvre de l’Initiative Phénix demeure la volonté politique. Si les récents événements ont démontré l’urgence d’un plan stratégique, les résistances internes et le manque de coordination risquent d’entraver sa concrétisation.

Le financement est un autre enjeu clé. La crise économique libanaise, couplée à l’absence de réformes et d’aide internationale, complique l’accès aux crédits et aux investissements. Toutefois, les PPP représentent une alternative viable, d’autant plus que des investisseurs locaux et étrangers disposent de capitaux inexploités.

Enfin, pour garantir le succès du projet, il est essentiel d’éviter le phénomène « éléphant blanc », terme économique désignant des infrastructures coûteuses et sous-exploitées. Une étude de faisabilité rigoureuse est indispensable afin d’optimiser les coûts et assurer une rentabilité à long terme.(Modèle BOT).

Une opportunité à saisir

L’Initiative Phénix ne se limite pas à une relance du secteur aérien : elle propose une vision intégrée du développement territorial, économique et social du Liban. En diversifiant les infrastructures et en soutenant les pôles régionaux, elle pourrait redessiner l’avenir du pays, favorisant une croissance inclusive et un meilleur équilibre territorial. À condition, bien sûr, que les décideurs politiques saisissent cette opportunité avant qu’elle ne s’envole.