The Night Agent est une très bonne série d'espionnage dont pas un seul personnage n'est le porte-drapeau d'une cause gauchiste. Reposant !

Peter Sutherland est un agent du FBI qui croit en son pays et en ses institutions. Il va assez rapidement comprendre qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la démocratie et que la Maison-Blanche recèle quelques malfaisants de première catégorie, du genre à dynamiter un pâté de maisons et ses habitants pour dissimuler un assassinat politique. Comme il veut bêtement protéger une innocente, le voilà pris pour cible.

Le premier mérite évident de The Night Agent est son rythme, rapide sans être effréné, son intrigue, qui renouvelle assez joliment le thème de la conspiration, son casting, solide et sans vedette nécessitant qu’on la filme plus que nécessaire. Tout cela est bien pensé, bien mené, avec assez d’action pour faire monter l’adrénaline et assez de retournements pour tenir en haleine : Shawn Ryan, à qui l’on doit The Shield, il y a vingt ans, n’a pas perdu la main.

Son second mérite est sa neutralité politique. La présidente des États-Unis est sans doute démocrate, mais elle ne nous inflige aucune longue tirade politiquement correcte, l’assassinat envisagé d’un potentiel dictateur oriental n’est pas présenté comme une idée lumineuse et le ressort de la conspiration ne vise aucunement à établir une dictature chrétienne capitalisto-fasciste – ce qui pourtant, comme Hollywood nous le serine, est le vrai danger qui menace le monde libre. On peut même lier le succès de la série à cette rafraîchissante absence d’arrière-plan progressiste auquel pourtant Netflix nous avait habitués.

La série va si loin dans l’apolitique qu’elle réussit à être authentiquement le premier vrai succès post-#MeToo : les femmes ont des rôles intéressants en eux-mêmes. L’héroïne est d’abord le témoin gênant d’un assassinat et survivre en mode paranoïaque suffit à l’occuper. La chef de cabinet de la présidente n’est pas d’abord une femme d’origine asiatique (excellente Hong Chau), elle est une boule de nerfs intelligente, retorse et grossière si bien écrite et si bien jouée qu’on ne peut pas deviner avant la fin à quel camp elle appartient. L’agente noire du Secret Service chargée de protéger la fille du vice-président n’est pas d’abord le porte-parole de la double colère féministe et afro-américaine, elle est un personnage qui va devoir choisir entre la légalité et la réalité et à qui ce cas de conscience suffit amplement pour exister.

La série va si loin dans l’apolitique qu’elle réussit à être authentiquement le premier vrai succès post-#MeToo : les femmes ont des rôles intéressants en eux-mêmes.

On est stupéfait, au fur et à mesure que les dix épisodes se déroulent, de se rendre compte qu’aucun des “gentils” n’est ostensiblement homosexuel ou végétarien et que les vieux mâles blancs sont pour moitié dans le bon camp et pour moitié dans le mauvais. C’est bien simple, nous, devenus spectateurs professionnels à force d’ingurgiter des séries “éveillées”, sommes perpétuellement frustrés dans notre attente d’identifier enfin le “personnage correct”. On soupçonne les scénaristes de l’avoir fait exprès pour doper notre intérêt. Le vrai message métapolitique de The Night Agent, c’est qu’on peut se passer de combats culturels lassants et de pénibles affirmations positives pour créer des personnages et conduire des intrigues. Et le vrai message politique est que les politiciens américains sont capables des pires crapuleries qui font les très bonnes séries.

The Night Agent, sur Netflix, saison 1, 10 épisodes de 46 à 56 min.