Les ressources pétrolières et gazières du Liban : une opportunité en suspens

Les richesses pétrolières et gazières du Liban représentent une opportunité en or qui pourrait constituer un tournant économique majeur pour les générations actuelles et futures. Il est toutefois interdit a l’État Libanais de lancer l’exploitation de cette richesse faute de remplir les conditions politiques et économiques imposées par la communauté internationale. Cette communauté considère le Liban comme un pays a grand risque, et ne saurait tolérer une gestion hasardeuse de cette manne sans que ces conditions ne soient dûment satisfaites.

Il est vrai que Total a procédé à l’exploration des blocs 4 et 9 en mer, mais a conclu à l’absence de quantités suffisantes pour une extraction rentable. La Société a en outre refusé de transmettre les données techniques aux autorités libanaises. Ce refus soulève des interrogations, et laisse à penser que des pressions politiques s’exercent sur l’entreprise pour retarder l’exploitation des ressources, en attendant que le Liban se remette sur pied.

Quelles sont ces conditions essentielles à l’entrée dans le cercle des pays producteurs ?

Le gouvernement en gestation, se trouve devant deux défis majeurs : Le premier est interne : il concerne l’application de l’accord de cessez-le-feu, et le désarmement des milices. Le second est externe et implique la délimitation des frontières maritimes avec Israël ainsi que le retrait des troupes israéliennes des territoires libanais occupés.

Ces deux prérequis sont cruciaux mais ne sont pas les seuls. Des réformes structurelles s’imposent, notamment la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion, qui gangrènent l’administration publique et risquent de dilapider les revenus des hydrocarbures. Assurer la transparence et la reddition des comptes dans la gestion des contrats avec les entreprises étrangères est impératif pour prévenir toute fraude financière, y compris les commissions illicites. À cet égard, la création d’un fonds souverain indépendant, géré par des experts financiers et économiques sur le modèle norvégien, est une nécessité.

Un autre défi de taille concerne l’absence d’infrastructures adaptées à l’exploitation du gaz et du pétrole, qu’il s’agisse des raffineries, des pipelines, des ports spécialisés ou des axes routiers. Un partenariat avec de grandes entreprises internationales s’avère indispensable pour développer et moderniser ces infrastructures. De plus, le Liban souffre d’un déficit en infrastructures technologiques, élément essentiel au bon fonctionnement du secteur durant la phase d’exploitation.

Une refonte financière et économique nécessaire

Sur le plan financier, d’importantes réformes sont incontournables, notamment dans la gestion des finances publiques et du secteur bancaire. La réduction des dépenses publiques, la restauration de la confiance dans le système bancaire et sa restructuration sont essentielles pour attirer des capitaux étrangers sous forme d’investissements ou d’aides. Il s’agit là d’un levier stratégique pour renforcer la stabilité économique du pays.

L’orientation économique devra également être repensée en faveur de secteurs auxiliaires de l’industrie gazière et pétrolière. L’essor des services (hôtellerie, banques, transport, commerce) et de l’industrie pétrochimique est indispensable pour soutenir cette nouvelle ère énergétique. Ces secteurs, s’ils sont bien développés, pourraient attirer des investissements massifs et générer des rendements élevés.

Quels bénéfices pour le Liban ?

Le succès du futur gouvernement reposera sur la rationalité et l’efficacité de ses décisions en matière de gestion, d’infrastructures et de politiques d’investissement. Si ces conditions sont réunies, l’exploitation des ressources pétrolières et gazières pourrait transformer radicalement l’économie libanaise. Parmi les principaux bénéfices potentiels :

Une amélioration des finances publiques : L’extraction du gaz et du pétrole offrirait à l’État un revenu stable en devises étrangères grâce aux taxes et aux redevances perçues sur l’activité économique. Cela pourrait permettre une hausse structurelle des recettes du Trésor.

La création d’un fonds souverain : Ce fonds jouerait un rôle crucial dans la stabilité économique du Liban en soutenant la monnaie nationale, en réduisant la dette publique et en finançant des projets de développement. À titre indicatif, la part nette du Liban dans les ressources gazières offshore est estimée à plus de 300 milliards de dollars, avec une probabilité d’exploitation dépassant 95 %.

Une baisse de la facture énergétique : L’exploitation locale du gaz et du pétrole fournirait au Liban une source d’énergie durable, réduisant ainsi la dépendance aux importations coûteuses et impactant positivement le secteur de l’électricité. Cela allégerait la pression sur l’industrie locale et le pouvoir d’achat des citoyens, tout en réduisant le déficit commercial, dont un tiers est dû aux importations de carburants.

L’attraction des investissements étrangers et la création de milliers d’emplois : L’exploration et l’exploitation des hydrocarbures devraient générer des milliards de dollars sous forme d’investissements directs étrangers ou de financements extérieurs. Cela entraînerait un essor du marché de l’emploi, notamment dans les secteurs connexes.

Le Liban, un hub énergétique régional

L’Europe constitue un débouché naturel pour le gaz extrait du bassin oriental de la Méditerranée. Dans ce contexte, le Liban pourrait jouer un rôle stratégique en exportant son gaz via un pipeline reliant Tripoli aux côtes syriennes, puis à la Turquie et à l’Europe. Une telle infrastructure générerait des revenus substantiels et stimulerait l’économie locale.

Une opportunité conditionnée par des réformes

En somme, si l’exploitation du gaz situé dans la zone économique exclusive du Liban représente un espoir considérable pour la stabilisation économique et l’amélioration des conditions de vie des Libanais. Son usage à cet effet dépend complètement de la capacité du gouvernement a assurer la stabilité politique et sécuritaire, a enrayer la corruption, et a moderniser les infrastructures pour attirer les investissements internationaux.